Monstera : pourquoi ses feuilles se trouent (et comment l'aider)

On l'appelle le faux-philodendron, la plante gruyère, parfois le monstre. Le monstera deliciosa est sans doute la plante d'intérieur la plus photographiée de la décennie, et pourtant on lui pose toujours la même question, un peu inquiète : pourquoi ma feuille n'a-t-elle pas de trous ? Bonne nouvelle, il n'y a rien de cassé. Ces découpes ont un nom, la fenestration, et elles racontent toute une histoire de forêt.
La fenestration, une invention de la canopée
Le monstera est originaire des forêts tropicales du sud du Mexique et d'Amérique centrale. Ce n'est pas une plante de sol : c'est une hémi-épiphyte. Autrement dit, elle germe au sol, puis grimpe le long d'un tronc pour rejoindre la lumière de la canopée, s'accrochant avec ses racines aériennes.
Là-haut, la lumière est capricieuse. Elle arrive par taches mouvantes, ces petits rayons qui percent le feuillage et se déplacent avec le vent et le soleil. L'hypothèse la mieux étayée par les botanistes est que les trous permettent à une feuille de couvrir une grande surface, pour attraper un maximum de ces taches de lumière, sans avoir à fabriquer une feuille pleine et coûteuse en énergie. Une grande feuille trouée capte plus souvent un rayon errant qu'une petite feuille pleine, pour le même investissement.
Le vent joue aussi. Une feuille pleine large comme une assiette prend la tempête de plein fouet et se déchire. Une feuille ajourée laisse passer l'air et la pluie, se déforme moins, et laisse au passage un peu de lumière et d'eau atteindre les feuilles du dessous. La découpe est une élégance d'ingénieur.

Pourquoi une jeune feuille reste pleine
C'est ici que tout se dénoue. Le monstera change de forme en grandissant, un phénomène qu'on appelle l'hétéroblastie. Jeune, au ras du sol et dans l'ombre, il produit de petites feuilles pleines, en forme de cœur : inutile de se trouer quand on rampe dans la pénombre. Ce n'est qu'en prenant de la hauteur et de la maturité que les feuilles s'agrandissent, se fendent, puis se percent.
Chez vous, une jeune feuille sans trous n'est donc pas malade : elle est jeune, tout simplement. Pour l'aider à passer à l'âge adulte, il lui faut trois choses : de la lumière vive mais indirecte, du temps, et surtout un support où grimper.
Le tuteur en mousse, l'accélérateur
Une plante posée sur une table reste en mode « juvénile » : elle rampe, ses feuilles restent modestes. Donnez-lui un tuteur en mousse, et vous imitez le tronc de la forêt. Les racines aériennes s'y accrochent, la plante se dresse, comprend qu'elle grimpe, et produit alors des feuilles plus grandes et bien plus découpées.
Le secret : gardez la mousse humide, en la brumisant ou en l'arrosant par le haut. Des racines aériennes qui trouvent de l'humidité s'ancrent volontiers. Guidez doucement la tige contre le tuteur avec une attache souple, sans serrer.
Le geste qu'on oublie : dépoussiérer
Ces belles feuilles larges sont d'excellents attrape-poussière, et la poussière fait écran à la lumière que la plante travaille si fort à capter. Une fois par mois, essuyez chaque feuille avec un chiffon doux et humide, dessus et dessous, en soutenant la feuille de l'autre main. Vos monsteras respirent mieux, et la brillance revient d'un coup.
Bouturer : tout se joue au nœud
Envie de multiplier votre monstera, ou d'offrir un bébé ? Repérez un nœud : ce petit renflement sur la tige d'où sortent une feuille et, souvent, une racine aérienne. Coupez juste en dessous, avec un sécateur propre. Une bouture sans nœud, même avec une magnifique feuille, ne fera jamais de racines : c'est le nœud qui contient tout le potentiel.
Placez la bouture dans l'eau claire ou dans de la sphaigne humide, à la lumière tamisée. Changez l'eau tous les quelques jours. Quand les racines atteignent quatre ou cinq centimètres, rempotez dans un terreau léger et drainant.
Attention aux museaux curieux
Un mot sérieux au milieu des découpes : le monstera, comme toutes les Aracées, contient des cristaux d'oxalate de calcium. Mâchée, la plante irrite fortement la bouche des chats, des chiens et des enfants, avec salivation et parfois vomissements. Le « deliciosa » ne concerne que le fruit mûr, comestible : le reste de la plante, non. Placez-la hors de portée des animaux joueurs et des petites mains.
À la Pension
Dans La Pension des Plantes, un monstera vous arrive parfois tout ramollo, feuilles ternes et sans une seule fenêtre. Vous lui tendez un tuteur, vous essuyez ses feuilles, vous patientez : et un matin, une nouvelle feuille se déploie, percée pile comme il faut. C'est le même bonheur que chez vous, en accéléré. Ouvrez la véranda et venez le voir grandir.
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